Depuis plus de dix saisons, je consacre une part essentielle de mon travail photographique au bihoreau gris, cet échassier discret, maître des lueurs entre chien et loup.
Oiseau nocturne et crépusculaire, il exige une approche patiente, respectueuse de ses rythmes secrets, mes affûts débutent bien avant le lever du jour, dans l’obscurité la plus complète, avec la promesse de beaux contre-jours à l’aube.
Allongé, dissimulé au ras des roselières, je me fonds dans le paysage, attentif au moindre signe.
La nuit s’étire, les sons se précisent, et l’attente devient écoute, parfois, un vol lourd fend l’obscurité, un cri rauque perce le silence : il est là.

Puis viennent les premières lueurs, et sa silhouette se découpe lentement sur le ciel naissant, et c’est dans cet équilibre fragile que l’image se construit, sans brusquer le vivant.
Chaque saison enrichit mon regard : comportements, postures, scènes rares, ce travail est aussi un recueil, presque un journal, de ses habitudes et de sa discrétion.
Photographier le bihoreau, c’est accepter de s’effacer, de s’adapter, pour mieux témoigner de sa présence silencieuse.
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